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TMS : prévenir pour mieux guérir
TMS : prévenir pour mieux guérir
Turn-over, perte de performance, variation de la productivité, allongement des délais de production,… autant de conséquences s’ajoutant aux coûts financiers élevés engendrés par les TMS pour les entreprises agroalimentaires. Face à ce problème de taille, les industriels, aidés par les institutions et organismes de santé, se mobilisent pour agir.
Augmentation des TMS
Les automatismes industriels ont une double problématique, celle du coût et de la performance, mais aussi celle qui touche aux TMS, troubles musculo-squelettiques, devenue une préoccupation importante pour les entreprises de l’agroalimentaire.
Les maladies professionnelles ont considérablement augmenté en 2007 dans les abattoirs (+80%) même si l’on note un pourcentage plus faible de l’augmentation dans les ateliers de découpe de viande de boucherie (+11%) (Sce CNAMTS). Parallèlement dans ce secteur, des efforts ont été faits pour améliorer la situation et on observe chaque année depuis 2003 une baisse de l’indice de fréquence des accidents de travail. C’est ainsi que des initiatives ont été prises par la CNAMTS, qui, de 2009 à 2012, mobilisera le réseau prévention de la branche Accidents du Travail et Maladies Professionnelles (CRAM, CGSS, INRS, Eurogip) sur des priorités communes appuyées par des instances professionnelles.
Dans chaque entreprise deux référents « Prévention des TMS » recevront la formation d’un organisme agréé par la CNAMTS, notamment pour les opérations d’affûtage et d’affilage des couteaux. Charcupac est une entreprise active dans le secteur de la charcuterie industrielle et maître dans l’art de la fabrication et du tranchage en France.
Pour Pascal Levy codirigeant la société avec son frère Fabrice, il est important d’automatiser les tâches répétitives. « Nous avons comme exemple la dépose des sachets dans les colis ainsi que la palettisation des dix colis réalisées par un robot. Nous travaillons de façon importante sur les maladies professionnelles et les accidents du travail. » Cela se traduit par des actions conjointes avec la CRAM et la médecine du travail pour sensibiliser et prévenir ces types de pathologies. La réflexion et la mise en œuvre d’actions sur le terrain se poursuivent, précisément sur la partie conduite de ligne et accompagnement industriel.
Se mobiliser pour agir
Lors d’une récente enquête menée par RIA, Jean Marie Rousselet, ingénieur à la CRAM de Bretagne, précisait que « la lutte contre les TMS, lorsqu’elle est véritablement incluse dans la durée et basée sur une démarche participative, donne des résultats ».
Toutefois, dans un secteur où la réactivité est essentielle et où l’outil de travail doit s’adapter en fonction des évolutions du marché, conserver les mêmes conditions de travail semble extrêmement complexe. Si l’on considère les remises en cause permanentes avec d’autres facteurs, une incidence économique, les différentes contraintes à gérer en même temps… pour un dirigeant se devant de conserver la pérennité de son entreprise, mettre la prévention des TMS en premier plan se révèle parfois être une tâche ardue !
Les risques professionnels sont-ils suffisamment pris en compte dans les procédures de management ? Travailler sur la compréhension de l’origine du problème permet de mieux se mobiliser pour accomplir la démarche. Au sein du Groupe Sill dans le Finistère, pour l’aspect conditions de travail, pénibilité…, un chargé de prévention a été désigné. Il visite le site et gère la formation, notamment en ergonomie. Pour Michel Magueur, directeur général adjoint, la démarche n’implique pas seulement le chef de service. « L’étape que nous menons est d’intégrer de la sécurité au sein des équipes. Des formations ont été également mises en place parallèlement aux investissements matériels et nouvelles méthodes de travail. »
Une question de santé publique
Les TMS sont des maladies professionnelles les plus répandues en France (en 10 ans, leur nombre a été multiplié par 3,8), avec des pathologies liées essentiellement au dos et aux membres supérieurs. Elles résultent d’un déséquilibre entre les capacités du salarié et l’hyper sollicitation à laquelle il est exposé. Sur un an, 32 500 TMS ont été indemnisés (2006), ce qui représente 7 millions de journées de travail perdues et 710 millions d’euros de frais couverts par les cotisations des entreprises. Mais il existe aussi un coût indirect : absentéisme, turn-over, perte de performance, allongement des délais de production…
Différentes initiatives sont menées par les entreprises agroalimentaires pour améliorer cette situation. L’organisme de formation du groupe Stalaven propose différentes sessions : « La démarche pour lutter contre les TMS se situe à trois niveaux, explique Paul-Marie Fonteneau, directeur du centre. Une action est menée directement sur les opérateurs avec des formations de gestes et postures, une autre pour les CQP (certification de qualification professionnelle) de responsable d’équipe : deux jours sont consacrés à la sécurité gestes et postures de niveau classique, notamment avec un ergonome.
Enfin, une formation est donnée aux personnes intervenant sur la conception et l’installation des machines. » Là aussi, cette notion d’amélioration continue prend tout son sens avec un autre aspect du développement durable !
Fondamental dans la prévention : la reconnaissance du travail pour le salarié
Les TMS représentent un coût financier considérable pour une entreprise : env. 12 000 euros pour une maladie professionnelle de type 57 (épaule, poignet, coude), et env. 22 000 euros pour le système de la coiffe des rotateurs (épaule) (Sce CRAM). Certaines sociétés se sont rendues compte que si les TMS disparaissaient, leurs marges bénéficiaires pourraient jusqu’à doubler ! Résoudre le problème des TMS représente un travail de longue haleine, avec une démarche de prévention qui prend du temps. Elle peut se réaliser sur deux niveaux : l’action individuelle qui passe par l’amélioration des équipements, et une organisation du travail plus globale avec une prévention collective en milieu industriel (variation des tâches, introduction de pauses…).
Il est essentiel pour une entreprise de s’interroger sur ses propres pratiques, et d’instaurer des conditions de travail satisfaisantes. Par ailleurs, - et c’est un point important même si les rapports de concurrence existent -, en échangeant entre elles sur le sujet, les entreprises ont un regard extérieur permettant d’ouvrir encore des pistes d’action. Se mobiliser en groupe permet d’aller plus loin, c’est une source de progrès qui donne des résultats. Pour Alain Lepreux, directeur général de l’entreprise Ledun Pécheurs d’Islande, c’est incontestable, le salarié doit être écouté et doit, lui aussi, faire évoluer son poste. « La productivité s’améliore par le bien-être au travail. Le plus important pour nous qui travaillons dans un milieu humide et froid, c’est la baisse du taux d’humidité aux environs de 54 % qui nous a fait le plus de bien. »
Parmi les autres démarches au sein de cette usine qui compte un effectif d’environ 280 personnes, des études de postes ont été menées avec plus d’implication du CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail). « Nos fournisseurs de matériel doivent répondre à un cahier des charges stipulant que le poste doit être étudié par un ergonome, d’ailleurs certains bureaux d’études ont intégré des stages d’ergonomie. » Depuis plus de dix ans, et grâce notamment aux échanges avec la CRAM, l’entreprise a mesuré toute l’importance de la problématique. Résultat pour Ledun Pêcheurs d’Islande ? Aujourd’hui le taux de TMS a baissé d’environ 30% !
Un plan national d’actions coordonnées
Sur trois thématiques d’action (TMS, conception des lieux de travail et accueil des salariés) la mise en place d’actions de prévention
TMS dans les filières viande de boucherie et avicole : les priorités de prévention pour 2009-2012
De 2009 à 2012, la CNAMTS mobilisera le réseau prévention de la branche Accidents du Travail et Maladies Professionnelles (CRAM, CGSS, INRS, Eurogip) sur des priorités communes, validées par les partenaires sociaux membres de la Commission des Accidents du Travail et des Maladies professionnelles (CATMP).
L’action sera centrée sur le pouvoir de coupe du couteau
Dans chaque entreprise des deux secteurs, un référent « Prévention des TMS » et un suppléant seront formés. Ils deviendront les personnes ressources de l’entreprise pour la prévention des TMS, notamment pour les opérations d’affûtage et d’affilage des couteaux. La formation, gratuite, sera assurée par un organisme agréé par la CNAMTS ; une attestation de formation sera délivrée par l’organisme agréé.
Concernant les filières viande de boucherie et avicole, des thèmes d’actions spécifiques seront développés, notamment sur la prévention des TMS lors de la manutention manuelle et la prévention basée sur l’écoute des salariés.
Une procédure d’accueil organisée pour tout nouveau salarié
Dans les entreprises des filières viande de boucherie et avicole, une procédure d’accueil sera organisée pour tout nouveau (ou après une longue absence) salarié des deux filières. Elle sera formalisée avec un livret d’accueil, une formation à l’hygiène et à la sécurité et un document attestant cette formation qui sera co-signé par le salarié. La procédure devra être renouvelée pour les salariés absents de l’entreprise plus de deux mois.
Pour en savoir plus : www.risquesprofessionnels.am…
5 questions sur les TMS à Jean-Luc MOCHEL, de la CRAM Alsace
Responsable section ergonomie pathologie professionnelle à la CRAM ALSACE MOSELLE, Jean-Luc MOCHEL a accepté de répondre à nos interrogations sur les Troubles musculo-squelettiques…
Comment peut s’expliquer l’augmentation des TMS (environ 20% chaque année), et parallèlement, cette prise de conscience au sein des entreprises aujourd’hui ?
JL. Mochel : Bien que la tendance actuelle nous pousse à constater que la hausse de 20% par an soit en diminution dans certaines régions (en Alsace-Moselle nous constatons une stabilité des chiffres depuis quelques années), il est vrai que cette augmentation est liée à l’évolution des conditions de travail, entre autres facteurs, notamment l’intensification des tâches et cette recherche d’augmentation continue de la productivité pour faire face aux effets de la mondialisation.
Les ergonomes on-ils un rôle important à jouer en servant « d’interface » entre l’équipementier et l’opérateur afin de mieux faire comprendre les besoins ?
JL. Mochel : Le rôle important des ergonomes provient du fait que devant la complexité des facteurs de risque qui participent au processus d’apparition des TMS, l’analyse ergonomique est la méthodologie la plus appropriée pour appréhender l’ensemble de la problématique, tant au niveau du poste de travail, qu’à celui de l’atelier pour finir à celui de l’entreprise.
Pensez-vous que permettre aux entreprises d’échanger entre elles peut ouvrir encore d’autres pistes d’action pour lutter contre les TMS ?
JL. Mochel : Le témoignage d’une entreprise auprès de ses pairs est toujours d’un effet amplificateur ou participant à l’acte de décision tout autant que ce témoignage soit construit sur la base d’une méthodologie s’appuyant sur l’analyse ergonomique. Très souvent le témoignage d’une entreprise est « rassurant » pour le dirigeant car il se trouve en situation de décision très souvent face à des acteurs extérieurs. C’est pour cela que nous avons voulu intégrer au sein du Pôle de ressources ConcepTMS (http://www.cram-alsace-moselle.fr/e…) le volet « témoignage d’entreprises » en s’assurant du fait que ces témoignages soient fidèles aux valeurs que nous recommandons.
Existe-t-il des obstacles pour de petites entreprises dans la mise en place d’une telle démarche ?
JL. Mochel : La principale difficulté que rencontrent les entreprises se trouve dans le manque de compétence associée à une faible disponibilité des ressources existantes. C’est la raison pour laquelle l’appel à un ergonome extérieur est la solution pour les petites structures pour une intervention courte mais très ciblée sur une problématique de l’entreprise. La contrainte pour ces petites structures se trouve dans l’investissement économique, c’est la raison pour laquelle nous allons proposer aux entreprises (d’un effectif inférieur à 50 salariés) une aide à l’achat d’une prestation ergonomique représentant 50% de l’investissement jusqu’à hauteur de 2000 euros. Cette aide sera présentée sur notre Pôle de ressources ConcepTMS. (http://www.cram-alsace-moselle.fr/e…)
N’est-il pas complexe de travailler sur la prévention qui demande du temps avec un outil de travail qui évolue constamment et un marché où il faut être réactif ?
JL. Mochel : La grande variabilité des équipements de production dans l’industrie agroalimentaire présente une difficulté certaine pour les dirigeants de ces entreprises. Cependant il faut toutefois ne pas considérer que les équipements de travail soient les seuls champs d’amélioration pour la prévention du risque TMS. En effet, les choix personnels des salariés dans leur façon de travailler recèlent d’un potentiel très important d’améliorations tant par les gestes « à ne pas mettre en œuvre » que dans les choix organisationnels. Une bonne information, des recommandations ciblées peuvent participer grandement à la prévention du risque.
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