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La sécurité alimentaire

La sécurité alimentaire en péril ?

L’exemple d’un service public relativement resserré mais uniforme et très réactif sur l’ensemble de notre territoire est emblématique dans les autres pays. Cependant, aujourd’hui, avec la diminution des effectifs dans les services vétérinaires, sommes-nous toujours bien protégés ?


Un haut niveau de sécurité alimentaire fragilisé

Les autres pays s’efforcent de mettre en application un dispositif tel que celui créé en France, s’appuyant sur une chaîne de commandement unique, une approche intégrée des risques et un partenariat très étroit avec le secteur privé, les opérateurs, les éleveurs… La France est indéniablement réputée pour avoir un « haut niveau de sécurité alimentaire sur toute la filière de la fourche à la fourchette ». Cependant, derrière le slogan, est-ce que tous les moyens sont au rendez-vous pour assurer cette sécurité ? « C’est toute l’ambigüité parce que notre organisation est réputée pour être particulièrement efficace en cas de crise, explique Benoit Assemat Président du Syndicat National des Inspecteurs en Santé Publique Vétérinaire (SNISPV). Lorsqu’il y a eu la crise de la vache folle, fièvre aphteuse… etc, notre unité de fonctionnement a rendu le dispositif très efficace. Cependant, la France est de plus en plus souvent mise en cause depuis ces dix dernières années, notamment par les autorités européennes. » Lors des contrôles effectués par les inspecteurs européens de l’OAV (Office Alimentaire et Vétérinaire), des moyens insuffisants, des défaillances et le non respect des règles communautaires ont été pointés du doigt.

En janvier 2009, c’est l’ensemble de la filière volaille qui a failli se voir appliquer la clause de sauvegarde (interdiction d’exporter toute viande de volailles). Faut-il que Bruxelles menace nos intérêts économiques pour que les pouvoirs publics mesurent l’ampleur du problème ? » Depuis le 1er janvier 2010, la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques) a procédé à une refonte des politiques publiques comme les services vétérinaires ou ceux de la DGCCRF (la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes), dilués dans des directions très interministérielles (dites de la cohésion sociale et de la protection des populations) regroupant des missions hétérogènes, parfois sans lien apparent avec la sécurité alimentaire (l’exercice du droit opposable au logement, les problèmes liées à l’administration jeunesse et sports, les droits des femmes…). Cette nouvelle organisation permettra-t-elle de réagir rapidement en cas de crise sanitaire ? Pour Benoit Assemat, vouloir réduire les effectifs alors que de nouvelles missions leurs sont confiées pourrait révéler le risque d’une efficacité moins grande.

Les secteurs d’intervention
Les vétérinaires ont la responsabilité, assurent le pilotage et encadrent des équipes de techniciens supérieurs et de contrôleurs sanitaires. Aujourd’hui, ce sont 15 à 20 techniciens supérieurs qui sont formés chaque année par le ministère pour le territoire. Mais cela reste insuffisant. « Les ISPV (Inspecteur de la Santé Publique Vétérinaire), cadres majoritaires du secteur, ne sont pas les seuls acteurs dont les recrutements ont fortement baissé au cours des dernières années. Il en est de même pour les techniciens supérieurs et les contrôleurs sanitaires qui assurent la plus grande partie de l’inspection sur le terrain. Il faudrait, vu les enjeux à moyens terme, que sur 100 départs à la retraite par an, ces postes soient renouvelés. Hors, il est prévu de remplacer 2 emplois sur 333 départs à la retraite dans les anciennes DDSV pour la période 2009-2011. » La pérennité des contrôles (à la fois par les services vétérinaires, mais aussi par ceux de la répression des fraudes) est aujourd’hui directement menacée dans certains secteurs comme celui de la restauration, mais aussi les contrôles dits « de la remise directe au consommateur » (restaurants, boulangeries, boucheries, mais aussi bars, brasseries,…).

« …Maintenir un bon niveau de vigilance tel qu’il l’est en France

 »

Concernant les abattoirs, les textes communautaires imposent qu’aient lieu des inspections permanentes. « Pour une surveillance importante dans les élevages, nous nous appuyons beaucoup sur des vétérinaires privés en France, qui ont un mandat sanitaire de l’Etat » souligne Benoit Assemat. Les industriels sont ceux qui ont le plus de présence et d’inspections, même si, parallèlement et de façon croissante, les entreprises gèrent cet aspect par l’intermédiaire des auto-contrôles ou des certifications (IFS, BRC ou ISO). En agroalimentaire, tout opérateur a l’obligation de mettre en place un plan de maitrise sanitaire avec une analyse des risques sur sa production. Comment évoluent les relations entre inspecteurs et inspectés ? Pour le président du SNISPV, « il y a deux aspects paraissant contradictoires, mais qui doivent être conciliés dans un souci d’efficacité. Les services publics sont là pour accompagner les filières agroalimentaires dans une relation de partenariat. La confiance entre les services de contrôle et les industriels est essentielle, sinon on ne peut avancer. D’un autre côté, il faut que les services soient en mesure d’imposer le respect d’un certain nombre de choses. » Côté industriel, que pense-t-on du rôle de la DSV aujourd’hui ? Pour ce cadre qui travaille depuis 15 ans dans la fabrication industrielle de produits à base de viande, en PME et au sein d’un grand groupe, « leur présence est indispensable : pour faire appliquer le droit, ne faut-il pas des agents de l’Etat ? Il est essentiel de maintenir un bon niveau de vigilance tel qu’il l’est en France. » Dans un dossier de Viande Magazine, un grossiste en produits laitiers travaillant à Rungis témoignait de l’évolution des relations entre inspecteurs et inspectés. On y mentionnait une bonne qualité d’échanges et de dialogues avec la DSV : « Il y a encore 5-6 ans, on avait peur d’appeler. Aujourd’hui, au moindre doute, nous n’hésitons pas à les contacter pour poser des questions, recueillir des conseils. Il n’y a pas de sujets tabous ». Christelle Lemoine, responsable qualité de la société « Les Charcuteries de la Trappe » espère que les relations resteront stables : « nous n’avons pas vu de différence depuis la restructuration des services vétérinaires et celui des fraudes. Le référent vétérinaire qui suit notre entreprise est resté la même. Nous avons eu la visite du nouveau service en mars dernier, c’est l’ancien référent du service des fraudes et l’un des anciens du service vétérinaire qui sont venus nous inspecter. Le rapport de la visite nous est parvenu très rapidement. Dans notre cas, nous n’avons pas de problèmes de communication, et ils restent disponibles, que se soit au téléphone ou en visite. »

La responsabilité incombe à chaque acteur de la chaîne alimentaire

Il y a environ 400 000 établissements sur la chaîne alimentaire en France et 300 000 élevages. La responsabilité incombe à chaque acteur de la chaîne alimentaire. Les pouvoirs publics s’assurent que celle-ci soit bien mise en œuvre par chacun, ce qui implique une présence minimum, conformément aux principes fixés au plan européen. Les missions des services vétérinaires couvrent également une multitude de micro secteurs. « Cela englobe énormément de missions qui s’additionnent, ayant rapport de près ou de loin à l’alimentaire mais dont le point commun concerne les relations entre l’homme et l’animal » explique Benoit Assemat. Le fait que 75% des agents pathogènes pour l’homme trouvent leur origine dans le règne animal montre combien le dispositif de prévention et de surveillance sanitaire reste vital. L’exemple de la grippe aviaire en 2005 a semé le doute chez les consommateurs et entraîné des pertes considérables dans l’industrie agroalimentaire. Les filières de la viande ont été à plusieurs reprises perturbées par des crises sanitaires durant cette dernière décennie. Elles nous ont rappelé le rôle crucial des services vétérinaires dans la lutte contre l’apparition et la propagation des maladies et l’importance de maintenir un niveau élevé d’exigences en matière de sécurité alimentaire. Pour en savoir plus :

www.snispv.org

www.depecheveterinaire.com




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