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Innover dans le contexte économique actuel ?  
C'est possible !

Dans un contexte fragile, plus que jamais se pose la question de l'innovation au sein de l'entreprise en matière de management, process et produits. Les aléas de la conjoncture... un tremplin pour rebondir ? Les fournisseurs de l'agroalimentaire exposant au CFIA témoignent.

 

La crise, une opportunité ?

L'agroalimentaire n'est pas épargné par la crise, mais résiste mieux que l'ensemble des autres secteurs industriels. Plus que jamais on cherche à se différencier, voire à se réinventer. D'après Eric Versey, directeur de l'OSEO Bretagne, l'innovation permet de se démarquer, de faire mieux et plus que ses concurrents, d'offrir une réponse originale et ainsi d'être moins sensibles aux aléas de la conjoncture. « Elle permet également de s'ouvrir rapidement à l'international et donc de s'offrir un terrain de jeu bien plus important que l'hexagone. D'ailleurs, d'après notre expérience, les entreprises innovantes et/ou qui s'internationalisent, souffrent moins de la conjoncture actuelle que les autres (plus d'une entreprise sur 2 qui innove travaille à l'international !) » Les fournisseurs de l'agroalimentaire présents au CFIA ont accepté d'exposer leur vision concernant l'innovation dans le contexte actuel... et le climat est loin d'être morose. L'innovation a toujours été au cœur de leur stratégie, soutenue par l'exigence d'une veille des tendances de consommation, une R&D active en liaison étroite avec les industriels des IAA, une maîtrise des technologies de production... sans oublier l'énergie de la passion ! Témoin, Marcel Boursier, gérant de l'entreprise BMTS, pour qui « la crise économique est une menace pour ceux qui n'innovent pas ! De plus, je pense celle que nous traversons aujourd'hui va nous apporter le développement durable et le respect de l'environnement... notre innovation Liftvrac (trophée de l'innovation au CFIA 2009) s'inscrit dans ce mouvement : faible consommation d'énergie, économie d'eau au lavage, recyclable avec sa conception en modules standard... ». Chez BMTS, on travaille sur l'hygiène, la facilité de nettoyage, la suppression de la maintenance, le faible encombrement, les économies d'eau et d'énergie : l'écologie est une tendance forte.

 

D'après Katia Hansen, Marketing & Communication Manager pour la société Realco  également lauréate des trophées de l'innovation au CFIA 2009, « dans ce contexte difficile, il est d'autant plus fondamental de proposer aux industriels des solutions innovantes. Ils veulent des produits performants, économiques, moins dangereux, qui participent au développement durable. » On observe une plus grande prise de conscience par rapport au respect de l'environnement et au respect de la personne. Les industriels recherchent des produits moins nocifs pour l'environnement, moins agressifs pour les utilisateurs, moins corrosifs pour le matériel. « Les solutions qui sont en phase avec le développement durable constituent un enjeu majeur de notre époque et nous y répondons totalement » précise Katia Hansen.

Cette conjoncture rendrait-elle les entreprises plus créatives ? Walter Lopez, Chef de marché Nutrition et Convenience Food au sein de la société Limagrain Céréales Ingrédients, le confirme : « Toutes les précédentes crises nous ont légué des avancées majeures... c'est justement dans ces périodes délicates que les questions fondamentales se posent et que les changements d'ère s'opèrent. Si l'aspect économique reste la préoccupation première actuellement, il convient d'être toujours en avance d'un coup ! » Les idées naissent parfois de constats de carence du marché mais aussi des obstacles rencontrés au quotidien ou étudiés à l'extérieur. « Répondre à une problématique client, se différencier, apporter une véritable valeur ajoutée, offrir un produit de rupture, voici nos défis au quotidien ! » ajoute Walter Lopez. D'après Christophe Hyzard, directeur marketing chez CGL Pack « c'est par l'innovation que nous émergerons et que nous aurons un futur. C'est aussi trouver des solutions d'optimisation sur des solutions existantes. Il y a quelques mois, nous avons sortis l'Optimum Pack, une solution très innovante, associant carton et plastique... une véritable rupture en concept d'emballage. »

 

Cibler ses atouts

Comment dans cette volonté d'innover, se rapprocher au mieux des besoins des entreprises ?  La démarche passe par un travail de veille, un suivi clients, de nouveaux contacts... Sodeva est une société spécialisée dans la technologie ultrasons (tranchage, tamisage, nettoyage industriel et filtration...). « Chaque employé ayant des relations avec nos clients alimente notre logiciel de veille. Après sélection du comité R&D, des affaires sont lancées budgétées et exécutées, précise François Vulcain, directeur de l'entreprise. Actuellement, les industriels souhaitent se tourner vers d'autres solutions : tous nos départements utilisent des technologies de pointe en relation avec la R&D clients. » D'après Walter Lopez de chez Limagrain Céréales Ingrédients, les maîtres mots actuels du secteur alimentaire sont : économie, authenticité, fonctionnalité et santé. « Notre métier est de coller aux demandes de nos clients. Aujourd'hui, tout le monde cherche des aliments qui respirent l'authenticité, faciles à préparer ou rapides à manger, en garantissant l'aspect santé et en limitant les coûts. Depuis des années, nous nous engageons à proposer des ingrédients authentiques et fonctionnels, qui permettent de substituer certains additifs, d'améliorer l'aspect nutritionnel des produits alimentaires, avec la même fonctionnalité ».

 

Pour la société Busch France spécialisée en pompes à vide et technologies de surpression ou production d'air comprimé, la conjoncture incite également encore plus les industriels à améliorer l'outil de production : « nous avons depuis toujours mis un point d'honneur à innover, souligne Eric Lebreton, Directeur Général. Un exemple est la technologie sèche qui permet des économies d'énergie et des coûts de maintenance réduits. Il y a aussi le service et l'accompagnement pour trouver avec ces derniers de nouvelles idées en termes d'automatisme ou tout autre initiative destinée à améliorer leur process. » La qualité du service ou du produit doit rester un atout de taille et un levier majeur de la confiance d'un client. « Nous améliorons sans cesse notre structure de services, poursuit Eric Lebreton, ceci afin de proposer à nos clients un niveau de prestations qui garantisse leur production, tels que des contrats de maintenance, un parc de pompes disponible à la location ou en remplacement, des interventions dans un délai garanti... » Chez Endress+Hauser on note une tendance forte d'investissement concernant le domaine de l'analyse en ligne, afin d'avoir les informations en temps réel mais aussi de réduire toutes sources de variabilité liées au process... autre tendance, l'optimisation du temps de nettoyage. Cependant, comme le précise Michaël Richardot, Chef de marché Industries Agroalimentaires chez Endress+Hauser, «  il ne faut pas négliger l'aspect service et documentation : l'outil de gestion de parc, la métrologie avec les nouvelles réglementations de type IFS, tout ce qui englobe la conception hygiénique (EHEDG...). Notre offre comprend une solution complète qui comprend la fourniture de capteurs, la documentation et le service associé (étalonnage, contrat de maintenance, formation...) ».

 

« Les perspectives pour demain ? C'est de bien faire notre métier »

La société ECI est spécialisée dans l'emballage, le filmage et le convoyage. Comme le commente Laurent Lesage, codirigeant de l'entreprise, « l'automatisation des postes et la chasse aux frais incitent les industriels à avoir une approche de retour sur investissements ». Si nous lui demandons quelles sont les perspectives de l'entreprise pour demain, « C'est de bien faire notre métier ! » Pour rebondir face à la crise, on peut identifier des pistes d'amélioration, en bannissant les sources de pertes de temps et le gaspillage à toutes les étapes de la production. Chez Endress+Hauser, ce sont les centres de production qui développent des solutions dédiées par marché : « dans le contexte économique actuel, et pour 2009 jusqu'à aujourd'hui, la mesure phare concerne la réduction des coûts, explique Michaël Richardot. Voici deux exemples de solutions dédiées qui ont été lancées par rapport à cet objectif : la 1ère offre concerne la surveillance efficacité énergétique dans le but de réduire la consommation : fourniture de l'instrumentation, collecte de données, logiciel d'exploitation des données, service associé (étalonnage des points de mesure). La 2ème offre cible les pertes matières (mesure d'absorbance et mesure de DBO en ligne). Nous avons sorti une solution pour les deux aspects, réglementaire et économique. »

La volonté de l'entreprise est de répondre au mieux aux contraintes et enjeux des clients. « Nous avons une gamme de produits spécifiques pour le marché agroalimentaire qui représente un des plus gros marché au niveau international. Un ROADMAP 2015 a été créé dans un souci d'efficacité et de performance afin de mieux cerner les tendances en matière d'innovation. Ce plan d'action s'est réalisé avec différents participants et financeurs (ABB, Siemens....), dont Endress+Hauser. » Il vise à la réalisation de trois objectifs : préciser les perspectives de développement d'automatisation ; identifier les réponses technologiques aux tendances socio-économiques et futurs défis à relever ; mettre à disposition des clients les informations nécessaires. « Un des exemples sorti d'un road-map, est le développement d'une sonde moyen infra rouge. Son but ? Avoir l'information en temps réelle sur l'identité et la quantité des produits (analyse en ligne). »

 

Pour Emmanuel Lazennec, Responsable commercial chez VALIA, société spécialisée dans les PAI qui propose des solutions créatives sur-mesure, les fournisseurs de l'agroalimentaire contribuent, par une présence sur le terrain et un contact au quotidien avec les clients, à prendre part à l'innovation en prenant en compte dès le début d'un projet les contraintes industrielles. « C'est parce que nous connaissons bien les contraintes de nos clients que nous pouvons nous approcher aux mieux de leur attentes. Notre force, c'est la flexibilité de l'outil de production de VALIA ainsi que la présence au sein de ses ateliers de machines prototypes développées dans le seul but de répondre au plus juste à la demande du client. Le contexte économique actuel incite encore plus les industriels à innover et se tourner vers d'autres solutions, car face à une telle situation et à la pression que peut mettre la GMS, nos clients sont obligés de repenser complètement leur offre, reformuler leurs produits, baisser leur coût portions, ... etc. ; cela nous conduit donc également à repenser complètement notre offre. Cela peut se traduire par la révision de notre produit, de notre process de fabrication, par le développement de nouveaux produits en substitution de l'existant, par le recherche de nouvelles matières premières, ... etc.» Depuis plus de 20 ans, les industriels leur font confiance car l'entreprise, dotée d'une forte expérience multi-filières (viandes, poissons, fromages), travaille avec eux en co-conception dans le plus grand respect du produit.

 

L'agroalimentaire, une valeur sûre

Créatrice d'emplois, peu affectée par les délocalisations, la première industrie française demeure une valeur sûre. 85 % des produits que nous consommons sur le territoire sont fabriqués en France (Sce Ania). Si l'on a pu observer chez le consommateur un changement dans ses habitudes alimentaires, la nourriture reste une dépense incontournable... Lors de sa visite au CFIA en 2009, Philippe Rouault, Délégué interministériel aux industries agroalimentaires, indiquait que « l'amélioration de la compétitivité passe, selon les régions, par une meilleure structuration de certaines filières et un développement de l'innovation car il y a de fortes attentes en la matière ». Il soulignait également l'importance en cette période de crise financière, des problématiques liées à l'assurance crédit et l'accès au crédit. Pour Eric Versey, directeur régional OSEO Bretagne, « la conjoncture ne simplifie pas la vie des entreprises, quelles qu'elles soient d'ailleurs. Financer son développement, se « bancariser » correctement, restent pour une petite entreprise la principale difficulté. Mais pour ce qui est de l'accompagnement et des aides proprement dites (via OSEO, les collectivités, les pôles de compétitivité ...) leur accès n'est pas rendu plus difficile aujourd'hui. Au contraire, l'ensemble des acteurs institutionnels accroît les efforts pour promouvoir leurs actions et leurs outils. » En Bretagne, sur l'année 2008, l'OSEO a soutenu quelques 450 projets de R&D et d'innovation pour un montant total de 36 millions d'euros.

PME aux compétences pointues, entreprises leaders aux capacités de R&D importantes, professionnels dotés d'une solide expertise, techniques d'avant‐garde, technologies à la pointe de l'innovation...  le CFIA présentera à Rennes une offre diversifiée et représentative du secteur pour toutes les fonctions de l'industrie agroalimentaire. Les fournisseurs, soucieux d'apporter des solutions concrètes en adéquation avec la demande du marché, ne feront que confirmer cette volonté stratégique de contribuer au développement économique par l'innovation... ils exposeront leurs savoir-faire les 9, 10 et 11 mars 2010 !

 

Eric Versey, directeur régional OSEO Bretagne : « La réactivité reste chez OSEO une priorité constante. »

 

Eric_Versey_directeur_rgional_OSEO_BretagneQuelles sont les actions menées par l'OSEO pour aider les entreprises dans leur démarche d'innovation, notamment dans le contexte actuel ?

OSEO a mis en place 2 outils conjoncturels permettant d'aider les entreprises à passer le cap de la crise : le fonds  « renforcement de la trésorerie » permettant de garantir  des crédits de trésorerie de 50% à 90% et le fonds « ligne de crédit confirmée » permettant de garantir des concours à court terme dans les mêmes proportions. En aidant les entreprises à trouver des solutions de financement de trésorerie, nous facilitons ainsi leurs démarches d'innovation en cette période trouble. S'ajoutent bien sûr à ces outils nos interventions plus « traditionnelles » : avances remboursables à taux zéro, subventions, contrat de développement innovation, fonds de garantie innovation etc.... OSEO reste l'un des principaux  financeurs des entreprises innovantes.

 

Les délais d'attente pour les aides financières ne représentent-ils pas parfois un décalage par rapport à la réactivité que demande le secteur ?

On peut distinguer 2 grands types d'innovation : l'innovation dite « au fil de l'eau », en réponse à des besoins exprimés par les clients, peu risquée qui relève de l'autofinancement ou de prêts bancaires (via OSEO ou la banque). Dans ce cas de figure, les réponses sont très rapides. Ensuite, l'innovation plus radicale, plus stratégique, qui anticipe les besoins des clients et est, par nature risquée, et à long terme. C'est le champ privilégié des interventions d'OSEO dont le principal outil (aide à l'innovation) est parfaitement adapté à cette catégorie. Même s'ils nécessitent un peu plus de réflexion et une instruction plus poussée, ces projets trouvent souvent une réponse et dans des délais toujours contenus.